
Un tableau électrique qui chauffe derrière une cloison en placo, une multiprise surchargée sous un bureau, un câble rongé dans un faux plafond : sur le terrain, les départs de feu liés à l’électricité ne préviennent pas. On les regroupe souvent sous l’appellation « classe de feu électrique », mais cette expression cache une réalité normative plus nuancée qu’il n’y paraît.
Feu électrique et norme NF EN 2 : pourquoi la « classe E » n’existe plus
En intervention ou en formation, on entend encore parler de « classe E » pour désigner les feux d’origine électrique. Sur le papier, cette classe a disparu de la norme européenne NF EN 2. Le feu électrique n’est pas une classe de feu à part entière : c’est un feu de classe A, B ou C dont la source d’inflammation est un défaut électrique.
A lire en complément : Test et avis complet sur la machine à coudre Brother Innov-is 15
Ce qui rend ces feux spécifiques, ce n’est pas la nature du combustible (bois, plastique, isolant), mais la présence d’une tension. Un câble sous gaine PVC qui s’enflamme produit un feu de solides (classe A). La particularité, c’est que l’installation reste potentiellement sous tension pendant la combustion.
Le vrai danger tient à la conductivité de l’agent extincteur. Projeter de l’eau sur un tableau électrique alimenté expose à l’électrocution et à l’arc électrique. C’est pour cette raison que les extincteurs portent une mention de tension maximale (souvent jusqu’à 1 000 V) et que le CO2 ou la poudre sont privilégiés sur ce type de sinistre.
A découvrir également : Découvrez toutes les nouveautés de Partagez : fonctionnalités, actus et mises à jour
Pour tout savoir sur la classe de feu électrique, il faut d’abord intégrer cette distinction entre la nature du combustible et la source d’énergie.

Conductivité et arc électrique : le risque que les extincteurs ne règlent pas seuls
Sur un chantier ou dans un local technique, la première chose à faire face à un départ de feu sur une armoire électrique, c’est de couper l’alimentation. Tant que le courant circule, tout agent conducteur devient un vecteur d’électrocution pour l’intervenant.
L’arc électrique constitue un risque supplémentaire souvent sous-estimé. Quand un court-circuit se produit dans un espace confiné (coffret, goulotte, faux plancher), l’arc peut atteindre des températures extrêmes et projeter des particules métalliques en fusion. On ne parle plus seulement de flammes, mais d’un flash thermique capable de causer des brûlures graves à distance.
Quel extincteur utiliser sur un feu d’origine électrique
Le choix de l’extincteur dépend de la tension et du combustible impliqué :
- L’extincteur CO2 (dioxyde de carbone) est le plus adapté aux locaux électriques. Il ne laisse aucun résidu, ne conduit pas le courant et étouffe le feu par suppression de l’oxygène. Sa portée reste limitée, ce qui impose d’intervenir rapidement.
- L’extincteur à poudre ABC couvre un spectre large (solides, liquides, gaz) et peut être utilisé sur des équipements sous tension jusqu’à 1 000 V. La poudre endommage les composants électroniques, ce qui pose problème dans les salles serveurs ou les postes de transformation.
- L’eau pulvérisée avec additif est utilisable sur certains feux d’origine électrique si l’extincteur porte la mention de tension correspondante, mais on l’évite en pratique dans les environnements haute tension.
Dans tous les cas, couper l’alimentation avant d’utiliser un extincteur reste la priorité absolue quand c’est techniquement possible.
Causes fréquentes d’incendie électrique : ce qu’on trouve sur le terrain
Les retours d’intervention montrent des schémas récurrents. On retrouve les mêmes causes dans les logements anciens comme dans les locaux professionnels mal entretenus.
Les surcharges sur multiprises arrivent en tête. Brancher un radiateur soufflant sur une multiprise bas de gamme, c’est dépasser la capacité nominale du circuit. Le plastique chauffe, fond, et le départ de feu suit. En milieu professionnel, les bureaux en open space cumulent parfois écrans, chargeurs et chauffages d’appoint sur un seul circuit non dimensionné pour cette charge.
Les câblages vétustes représentent un autre facteur récurrent. Les installations antérieures aux normes actuelles utilisent des conducteurs dont l’isolant se dégrade avec le temps. Les connexions desserrées dans les boîtes de dérivation créent des points chauds invisibles, parfois pendant des mois, avant qu’une flamme n’apparaisse.
Points chauds et thermographie infrarouge
La thermographie infrarouge permet de détecter ces échauffements anormaux avant qu’ils ne dégénèrent. En passant une caméra thermique sur un tableau électrique, on repère immédiatement les connexions qui chauffent au-delà de la normale. Un point chaud détecté tôt évite un sinistre coûteux. Cette technique se généralise dans les audits de sécurité incendie en milieu industriel, mais reste peu utilisée chez les particuliers.

Prévention incendie électrique : les gestes qui changent le niveau de risque
La prévention passe par des actions simples mais régulièrement négligées. On ne parle pas ici de recommandations théoriques, mais de ce qui fait concrètement la différence sur une installation réelle.
- Faire vérifier l’installation électrique par un professionnel qualifié, en particulier dans les bâtiments de plus de quinze ans. Le diagnostic électrique obligatoire lors d’une vente immobilière ne couvre pas tout : il signale les anomalies visibles mais ne teste pas l’ensemble du réseau sous charge.
- Bannir les multiprises en cascade. Un circuit, une prise, un appareil de forte puissance. Les rallonges doivent être déroulées entièrement pour éviter l’échauffement par effet inductif.
- Installer des disjoncteurs différentiels 30 mA sur tous les circuits. Ce dispositif coupe l’alimentation dès qu’il détecte une fuite de courant, ce qui réduit le risque d’échauffement prolongé.
- Dégager les abords des tableaux électriques. Stocker du carton ou des produits inflammables contre une armoire électrique, c’est offrir un combustible immédiat en cas de défaut.
En milieu professionnel, la formation du personnel à la manipulation des extincteurs et à la coupure d’urgence constitue un complément direct à ces mesures matérielles. Les articles R.4227-28 à R.4227-39 du Code du travail imposent d’ailleurs aux employeurs de mettre en place des mesures de prévention incendie adaptées.
Classe L pour batteries lithium-ion : la nouvelle donne du feu électrique
La norme ISO 3941 introduit une classe de feu L dédiée aux batteries lithium-ion. Ce n’est pas un détail réglementaire : avec la multiplication des véhicules électriques, des trottinettes, des systèmes de stockage d’énergie domestique et des onduleurs, les feux de batteries lithium deviennent un sujet de sécurité à part entière.
L’emballement thermique d’une batterie lithium-ion produit un dégagement de gaz inflammables et toxiques difficile à maîtriser avec les agents extincteurs classiques. Les retours varient sur ce point selon les configurations, mais un extincteur CO2 seul ne suffit généralement pas à stopper la réaction en chaîne à l’intérieur des cellules.
Les formations spécifiques aux risques incendie sur les infrastructures de recharge de véhicules électriques (IRVE) commencent à se structurer. Elles couvrent les procédures d’intervention adaptées à ce type de combustion, où le refroidissement prolongé à l’eau reste souvent la seule option pour contenir l’emballement thermique.
La frontière entre feu électrique classique et feu de batterie lithium se dessine nettement. Les moyens d’extinction, les procédures d’intervention et les équipements de protection diffèrent. Intégrer cette distinction dans les plans de prévention devient une nécessité opérationnelle pour tout site qui stocke ou charge des batteries.